Les smartphones n’ont pas été conçus pour les enfants, pourtant, ils ont bouleversé l’enfance presque du jour au lendemain. En France, les taux d’équipement en smartphone chez les enfants sont édifiants:
- 5% des enfants de 6-8 ans possèdent désormais un smartphone
- 25 % des enfants de 9-10 ans,
- 78% des enfants de 11 ans,
- 93% des enfants de 12 ans, et
- 96% des enfants de 13 à 17 ans
42% des 12-17 ans passent entre 2 et 5 heures par jour sur leur smartphone, 9% plus de 5 heures. 58 % d’entre eux déclarent consulter quotidiennement les réseaux sociaux.
(sources: etude Born Social 2025 de l’agence Heaven, Baromètre du numérique 2025 du CREDOC, étude nationale sur le bien-être des enfants en France, dénommée Enabee 2022)
Au lieu de grandir progressivement, les enfants sont entraînés dans un monde numérique conçu pour capter leur attention et les rendre dépendants. À l’entrée en 6ᵉ, une majorité d’enfants est déjà exposée à des plateformes conçues pour des adultes, avec des contenus délétères pour leur santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, harcèlement, etc.). Les conséquences sur leur développement, leur santé physique et mentale et leurs relations sociales sont profondes — et nous ne pouvons plus nous permettre de détourner le regard.
Au-delà des problèmes physiologiques avérés du fait d’une utilisation intensive des écrans (altération du sommeil, troubles visuels, risques liés à une trop grande sédentarité et à un manque d’exercices physiques), c’est tout le développement neurologique et socio-émotionnel de l’enfant qui est en péril, ainsi que sa santé mentale. L’usage intensif des écrans perturbe la construction de l’image de soi d’un enfant, altère la qualité de ses relations avec son entourage, détériore ses capacités de régulation émotionnelle et favorise l’anxiété, la dépression et les problèmes de comportement. Il expose également les enfants à des dangers externes avérés tels que cyberharcèlement, hameçonnage et prédation en ligne (notamment sexuelle).
Voici une description rapide des principaux problèmes identifiés*:
(*sélection non-exhaustive d’informations compilées à partir de données recueillies par le pacte smartphone. Nous vous encourageons à vous renseigner par vous-mêmes pour de plus amples informations)
Santé physique et problèmes physiologiques:
Altération du sommeil
L’exposition prolongée aux écrans, notamment avant le coucher, perturbe le rythme circadien (rythme biologique de notre corps) et réduit la qualité du sommeil. La lumière bleue des écrans inhibe la sécrétion du pic de mélatonine, qui signale le temps de l’endormissement, et rend ainsi l’endormissement plus difficile. Le défilement sans fin et les notifications tardives maintiennent les enfants en état d’alerte alors qu’ils devraient se reposer. Le caractère excitant des contenus n’est pas propice à la préparation du cerveau et du corps à l’endormissement. Or le sommeil est un pilier de la santé des enfants. Ne pas dormir assez compromet leurs capacités attentionnelles, leur mémorisation, leurs apprentissages et leur neurodéveloppement. Un sommeil de mauvaise qualité provoque également somnolence la journée, irritabilité, tristesse et peut favoriser des symptômes dépressifs.
Sédentarité et manque d’activité physique
Le temps passé sur les smartphones est souvent pris au détriment d’activités physiques essentielles au développement sain des jeunes. Cette sédentarité accrue augmentent les risques de diabète, de surpoids et d’obésité. Il favorise également les développement de maladies cardio-vasculaires
Troubles visuels
L’usage intensif des écrans a des effets délétères sur la vision; il favorise notamment la myopie Aujourd’hui, une personne sur trois est concernée en France (contre une sur cinq en 1970), dont 42% des 10-18 ans. Trois explications à cette épidémie de myopie:
- Les écrans sollicitent excessivement la vision de près, au détriment de celle de loin
- La lumière bleue des écrans;
- La consultation des écrans s’effectue majoritairement en intérieur, or l’œil a besoin d’un minimum d’exposition à la lumière du jour pour bien se développer chez l’enfant.
(Sources: INSERM ; Institut de la Vision ; Holden et al.)
Développement neuro-biologique:
Déclin de l’attention et de la concentration
Un adolescent reçoit aujourd’hui en moyenne plus de 200 notifications par jour sur son smartphone, ce qui fragmente son attention et rend plus difficile la concentration sur le travail scolaire, les loisirs ou les relations réelles. La distraction permanente, causée par les notifications constantes et l’accès facile aux divertissements, est devenue la norme.
Perte de l’effort / Dépendance au plaisir immédiat
L’usage fréquent des smartphones et réseaux sociaux habitue le cerveau des jeunes à des circuits de récompense courts et immédiats (likes, views..) et à la stimulation permanente (scrolls, notifications…). Les écrans génèrent des pics de dopamine fréquents et réguliers chez les jeunes, leur procurant des décharges régulières de sensations très positives. En conséquence, leur cerveau devient impatient: il s’oriente vers la recherche constante de gratifications rapides et de plaisirs immédiats, il développe une intolérance à l’ennui et à la frustration et supporte de plus en plus difficilement l’effort.
Comportements addictifs
Des recherches récentes révèlent que l’usage excessif du smartphone déclenche des réactions addictives dans le cerveau, similaires à celles observées dans les addictions à l’alcool et aux drogues. Le modèle économique des géants du numérique est simple : plus les utilisateurs passent de temps sur leurs plateformes, plus ils gagnent d’argent par la vente d’espaces publicitaires et la monétisation des données sur les préférences et habitudes des utilisateurs. Leurs applications s’appuient sur des dispositifs incitatifs extrêmement puissants (interfaces manipulatrices, ou dark patterns, algorithmes proposant des contenus ultra personnalisés, scroll infini, autoplay enchaînant automatiquement les vidéos, stories qui s’effacent au bout de 24h…) afin de capter de façon prolongée l’attention des jeunes et de maximiser leur temps d’utilisation et leur engagement (c’est ce qu’on appelle la captologie).
Ces effets addictifs sont encore plus forts chez les adolescents. Ceux-ci ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux. D’autant plus que les réseaux sociaux, tels qu’ils sont conçus aujourd’hui exploitent, de fait, les besoins propres à l’adolescence en matière d’interactions et comparaisons sociales, de sensations et prise de risques, ainsi que de recherche de reconnaissance de leurs pairs. (source: https://www.mdpi.com/2673-5318/6/4/118?, https://www.levelesyeux.com/actualites/2025-10-06-la-captologie-ou-lart-de-retenir-notre-attention/, https://med.stanford.edu/news/insights/2021/10/addictive-potential-of-social-media-explained.html?)
Santé mentale et troubles psychologiques:
Contenus Inadaptés
L’accès au smartphone peut exposer de façon précoce les enfants à du contenu inadapté pour leur âge: pornographie, contenus haineux, violence banalisée et hyperviolence, désinformation (fake news et deep fakes) et informations anxiogènes. Ce contenu est accessible en quelques clics seulement, souvent poussés par des algorithmes toxiques alors même que les enfants ne les recherchent pas. Pour capter notre attention, les réseaux sociaux poussent en avant les contenus négatifs (suscitant colère ou tristesse) parce que ce sont ceux qui retiennent le plus longtemps l’attention. Conséquence édifiante: l’âge moyen de découverte de la pornographie est de 10 ans aujourd’hui en France.
L’enfant est exposé avant d’avoir les outils moraux ou critiques pour comprendre et relativiser ce contenu. Une image traumatisante ne peut que difficilement être oubliée et aura des conséquences durables chez lui. Une fois exposé à ces contenus, il ne peut plus les “désapprendre”, ni les oublier. Il est alors à risque de développer une vision erronée du monde (notamment de la sexualité).
Solitude, réduction des liens sociaux et familiaux
L’usage intensif des smartphones peut remplacer les interactions en face à face, entraînant un isolement social. Jean M. Twenge, docteur en psychologie, souligne que l’utilisation excessive des smartphones bouleverse les interactions sociales des adolescents, les rendant plus solitaires et moins engagés dans des activités sociales réelles. Ainsi, la part de jeunes voyant leurs amis tous les jours ou presque a baissé de 40% entre 2000 et 2015.
(source: Les smartphones nuisent aux relations sociales des ados, Le Figaro Etudiant)
Dévalorisation de soi
Les jeunes, notamment les filles, sont particulièrement sensibles aux images idéalisées diffusées sur les réseaux sociaux. Une étude interne de Facebook (révélée par le Wall Street Journal en 2021) a montré qu’Instagram aggrave les problèmes d’image corporelle chez une adolescente sur trois. L’exposition fréquente à des standards de beauté irréalistes, valorisant la maigreur, sont susceptibles d’altérer l’estime de soi et d’exacerber des troubles alimentaires comme l’anorexie ou la boulimie.
(source: Facebook documents show how toxic Instagram is for teens, CNBC)
Anxiété et dépression
Les taux d’anxiété et de dépression chez les adolescents ont explosé depuis 2010, période à laquelle les enfants ont commencé à avoir des smartphones. Les études montrent une corrélation inquiétante entre le temps d’écran excessif et l’augmentation des troubles anxieux et dépressifs. Une enquête menée par l’Université de Montréal en 2019 a révélé que chaque heure supplémentaire passée sur les réseaux sociaux augmente le risque de symptômes dépressifs chez les adolescents. En France, la prévalence annuelle de la dépression (proportion de personnes qui ont souffert d’un épisode dépressif au moins une fois au cours d’une année) chez les adolescents a fortement augmenté ces dernières années, passant de 2 % en 2014 à 9 % en 2021, une tendance particulièrement marquée chez les adolescentes. Ce phénomène s’explique notamment par la comparaison sociale constante et l’exposition à des contenus fictifs ou idéalisés qui renforcent les sentiments d’insécurité ou d’inadéquation et peuvent engendrer une dévalorisation de soi, terrain fertile pour l’émergence de symptômes dépressifs.
(Source: Réseaux sociaux et santé mentale, AP-HP, janvier 2026)
Auto-mutilation et comportements suicidaires
L’usage des réseaux sociaux expose les jeunes à des contenus pouvant banaliser l’automutilation et le suicide. Les algorithmes ultrapersonnalisés peuvent enfermer certains jeunes dans un « effet silo », les exposant de manière répétée aux mêmes types de contenus, jusqu’à se retrouver dans des boucles de contenus liées à l’automutilation ou au suicide. Un récent rapport d’Amnesty International (2025), a démontré que du contenu liè au suicide apparaissait spontanément après seulement 45 minutes d’utilisation “non orientée” sur un profil de jeune de 13 ans, Trois heures plus tard, tous les comptes sont inondés de contenus sombres, exprimant parfois directement une volonté de mettre fin à ses jours.
Plusieurs études scientifiques suggèrent également qu’un usage intensif ou addictif des réseaux sociaux chez les adolescents est associé à une augmentation des pensées suicidaires et du risque suicidaire. Par exemple, une étude longitudinale publiée dans JAMA (Journal of the American Medical Association) a montré que les adolescents présentant une trajectoire d’usage addictif des médias sociaux avaient un risque deux à trois fois plus élevé de pensées suicidaires.
En France, une étude de la Fondation Jean Jaurès (2022) note une hausse alarmante des scarifications chez les adolescents, en grande partie influencée par l’exposition à des contenus mettant en avant ces comportements.
(Source: Risques de l’utilisation de Tik Tok sur la santé mentale des jeunes, Amnesty International)
Adoption de comportements à risque
Les réseaux sociaux exposent les jeunes à des comportements à risque, notamment la consommation d’alcool, de tabac ou de cannabis. En mettant en avant des contenus qui valorisent ces pratiques, ils contribuent à normaliser certains usages. Par exemple, voir régulièrement des pairs consommer de l’alcool peut donner l’impression que ce comportement est courant, acceptable ou attendu.Les réseaux sociaux favorisent aussi des formes de pression sociale, notamment à travers les challenges. Certains de ces défis, diffusés rapidement et largement, peuvent être dangereux. Les adolescents y participent souvent pour obtenir l’approbation de leurs pairs, mesurée par les likes et les commentaires. Les jeunes présentant des fragilités psychologiques, comme des symptômes dépressifs ou un trouble de la personnalité borderline, sont particulièrement susceptibles de s’engager dans ce type de comportements.
Dangers externes:
En guise d’introduction, nous vous recommandons de regarder cette courte vidéo réalisée par Smartphone Free Childhood, la version US du pacte smartphone: https://www.youtube.com/watch?v=h_xwJ5u9I8o
Cyberviolence et cyberharcèlement
La cyberviolence regroupe diverses formes de violences en ligne, incluant les insultes, la diffusion de rumeurs, l’exclusion numérique, le chantage et la diffusion d’images intimes sans consentement). La notion de cyberharcèlement regroupe, quant à elle, ces diverses formes de violences en ligne en y ajoutant les critères de répétition dans le temps et de durée.
En 2024, 1 élève sur 5 a déjà été victime de cyber-harcèlement. Autrefois, les disputes et les conflits s’arrêtaient à la porte de l’école. Aujourd’hui, ils suivent les enfants jusque chez eux, restent présents sur leurs écrans jour et nuit, sans espace sûr pour se déconnecter, prendre du recul ou se reconstruire. L’anonymat et la facilité de diffusion des menaces amplifient l’engagement dans la cyberviolence.
Les réseaux sociaux numériques facilitent des formes de coercition numérique, où les adolescents, en particulier les filles, peuvent se sentir contraints d’envoyer des contenus sexuellement explicites par pression sociale. Le sexting non consenti et la coercition numérique sont de nouvelles expressions du sexisme. Ces cyberviolences ont des conséquences sur la santé mentale (dépressions, tentatives de suicide, automutilations), et peuvent aboutir à des risques d’agression sexuelle aussi bien en ligne (sextorsion, pédopiégeages) que hors ligne.
Hameçonnage / Prédation en ligne
Sextortion, scammers, criminals, anonymous bullying… TikTok, Snapchat et Roblox ne sont pas seulement des terrains de jeu pour les enfants — ce sont aussi des terrains de chasse pour des prédateurs. Ces plateformes sont souvent utilisées par des agresseurs sexuels pour cibler des enfants dès l’obtention de leur premier smartphone. Les réseaux sociaux et les jeux vidéos en ligne exposent les jeunes aux pédocriminels.
Exposition à des doctrines / idéologies extrêmes
Les réseaux sociaux éduquent plus puissamment que les parents s’ils ne sont pas contrôlés. Ils transmettent des normes, des valeurs, une vision du monde, des modèles relationnels, culturels, sociaux et idéologiques, sans contrôle parental, sans responsabilité éducative, sans hiérarchie morale. Ce ne sont pas des outils neutres, c’est une socialisation massive, continue et insidieuse. L’adolescence est une période clé pour la construction de l’identité et des opinions, et les réseaux sociaux jouent un rôle grandissant dans la formation de cette opinion.
Si les réseaux sociaux offrent de nouvelles opportunités d’expression et d’engagement, ils participent aussi à entretenir les biais existants, à enfermer dans des bulles cognitives, à favoriser